L’injuste milieu

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Entre Antigone et Créon, entre la soif de l’absolu et la recherche du compromis, il n’est pas de conciliation possible. Et même si ni l’un ni l’autre ne nous satisfait entièrement, même si aucun des deux ne nous paraît parfait, il n’y a pas, entre eux, de voie médiane qui puisse être suivie, pas de juste milieu. Parce qu’on ne peut pas être à moitié dans l’absolu et qu’une Antigone qui se plierait à la bonhomie bourgeoise de Créon perdrait toutes ses vertus.

Aussi admirable soit-elle, Antigone est, je crois, insupportable. Mais elle est cependant absolument indispensable.  Sans elle, le monde irait à vau-l’eau. Or on ne peut pas la suivre qu’à moitié : on est avec ou contre elle ; pas de juste milieu.

C’est une étrange situation, et pas si rare que ça : pour pouvoir avancer, la société et chacun de nous a besoin qu’il y ait des Antigone rigides et un peu bornées, insupportables et extrémistes, pour corriger notre je-m’en-foutisme naturel. Et il faut qu’elles soient vraiment extrémistes et insupportables car deviendraient elles compréhensives et larges d’esprit, elles ne feraient plus contrepoids à la créonerie ambiante.

Il y a là quelque chose qui me rappelle la mauvaise foi dont parle Jean-Paul Sartre : ce sentiment inconfortable d’avoir besoin, pour tenir droit, de l’aide de quelque chose qu’on rejette. Cette conscience douloureuse de rejeter ce dont on sait avoir besoin.


La photo a été prise au printemps dernier, sur une route qui me conduisait à vélo (merci Katia) vers la Belgique.

La musique qu’on entend est Bayaty, de Georges Gurdjieff, dans la très belle interprétation d’Anja Lechner (violoncelle) et Vassilis Tsabropoulos (piano). 

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