Il/Elle

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C’est une évidence, mais même les évidences ont parfois besoin d’être rappelées : la différenciation Homme/Femme, qui ne recouvre pas exactement la différenciation Mâle/Femelle, est au cœur de nos sociétés, de de nos cultures, de nos civilisations humaines ; au cœur de l’humanité, et cela depuis toujours et quelle que soit la forme que prenne cette différenciation, quels que soient les rôles assignés aux uns et aux autres.

Alors que la différence donnée par la nature est, dans notre espèce, assez faible, nous l’exacerbons et la magnifions par notre façon de nous habiller, de parler, de rire, de marcher – par tout notre comportement ; et alors que la différence naturelle n’est que de nature sexuelle, nous avons bâti – même si la sexualité y demeure centrale et fondamentale – une différenciation qui va beaucoup plus loin que les questions d’emboîtement et de maternité pour embrasser la totalité de l’existence, irriguer l’immensité de notre imaginaire et se manifester en chacun de nos faits et gestes, de nos pensées, de nos rêves : la différence, l’incompréhension, la fascination, la crainte, l’attirance, la séduction, la répulsion entre hommes et femmes sont la matière essentielle de la mythologie, de la littérature, de l’art, elles sont sont au fondement de ce que nous sommes.

Peut-être est-il, à cet égard, faux – et certainement est-il culturel – de considérer la beauté, la grâce, l’élégance, la fragilité, la pudeur, la gracilité, la douceur, comme des qualités plutôt féminines ; peut-être cela n’a-t-il pas toujours été le cas et peut-être ne le sera-t-il pas toujours ; ça n’a, en fait, aucune importance. L’important est que nous ayons bâti, sur la différence Masculin/Féminin, quelque chose d’infiniment plus riche et fascinant que la différence originelle entre mâle et femelle. C’est cela aussi la Chute, la fuite hors du Jardin d’Eden et la naissance de l’humanité : cette découverte par Adam et Eve (Eve et Adam serait plus juste) qu’ils sont autre chose et bien plus qu’un mâle et une femelle : un homme et une femme.

Bien sûr la sexualité, si elle n’est plus la seule composante de cette différenciation, y demeure-t-elle un élément central : c’est dans les jeux de l’amour et de la séduction que s’incarnent maximalement le masculin et le féminin, que ce soit dans le respect ou l’inversion des normes. Car l’important n’est pas dans le sens de la polarité mais dans son existence.

Il ne s’agit donc pas, pour atteindre l’égalité entre hommes et femmes, de nier la différenciation ou de chercher à la réduire ; il ne s’agit pas, dans la mixité, d’ajouter des êtres indifférenciés à d’autres êtres indifférenciés (quel intérêt ?) ; il s’agit bien de mêler du masculin au féminin et du féminin au masculin pour que chacun s’enrichisse de l’autre et grandisse de sa différence.

De sa différence et non de sa similitude – aussi évidemment prépondérante que soit celle-ci.


Merci à Philippe T. qui m’a fait découvrir Eloge de la féminité d’Alain Etchegoyen.

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