Le roi Candaule

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Dans ce livre extraordinaire, fascinant de finesse et d’intelligence qu’est Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir a cette formule : “Tout homme ressuscite plus ou moins le roi Candaule : il exhibe sa femme parce qu’il croit ainsi étaler ses propres mérites“.

Je ne connaissais pas, jusqu’à ce jour, le roi Candaule. C’est Hérodote qui le premier en parla : Candaule était si fier de la beauté de sa femme qu’il voulait que d’autres que lui en soient éblouis et il ordonna à l’un des officiers de sa garde, Gygès, de se cacher dans la chambre mariale pour qu’il puisse voir son épouse nue. Évidemment, l’histoire se termina mal pour Candaule qui perdit dans l’aventure l’amour de sa femme et la vie. Mais il donna son nom au candaulisme, cette perversion sexuelle consistant à vouloir partager avec d’autres la beauté, le corps, les faveurs de qui l’on aime.

Ce n’est évidemment pas de cette perversion dont Simone de Beauvoir accuse le genre masculin mais de la propension assez générale, je crois, des hommes, à tirer vanité de la beauté, du charme, des qualités, talents ou mérites de leur compagne, propension en laquelle notre autrice décèle une forme atténuée de candaulisme.

Il ne s’agit pas, me semble-t-il, pour les hommes qui se conduisent ainsi (et certes cela m’est arrivé) de se prévaloir, ce qui serait injuste, des mérites de sa compagne mais plutôt, mettant en avant ces mérites, de se féliciter d’avoir été soi-même élu par une personne si méritante : “Voyez ! Elle m’a choisi entre tous, elle qui a tant de qualités !

Il s’agit donc au départ, sauf dans le cas extrême des relations purement vénales, d’un contentement d’avoir été choisi plus que d’un contentement d’être ce qu’on est. Mais à peine ce contentement est-il apparu, qu’il se mue, chez de nombreux hommes, en un souhait de pavaner qui détruit l’innocence du sentiment premier et transforme la femme dont on est intimement fier d’être aimé en femme-objet de gloriole. On ne se contente plus de sa joie dans le secret de son coeur ; on veut s’en prévaloir et l’exhiber.

Simone de Beauvoir considère ce comportement comme masculin et elle a probablement raison : hommes et femmes sont probablement également heureux d’avoir été choisis, élus par une personne de qualité. Mais c’est surtout du côté des hommes qu’on trouve cette façon particulière d’exalter les qualités de l’autre qui vise en fait à en recueillir les fruits pour soi, comme si une part de ses talents, de son aura, de sa beauté, devait naturellement rejaillir sur nous, comme le ferait un cavalier ayant su se rendre maître d’une monture particulièrement sauvage et somptueuse.

Les relations entre hommes et femmes sont vraiment passionnantes !


En illustration, la magnifique statuette de la reine Karomama, photographiée au Louvre (et dont la parure d’or et d’électrum resplendit plus à la cellule photographique qu’à l’œil).

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