Le sourire

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Réaction outrée, l’autre jour, sur Linkedln, d’une jeune femme, qui ayant diffusé une vidéo d’elle-même sur le réseau, se plaint de ce qu’un homme lui ait fait compliment de son sourire.

Je suis toujours un peu étonné que des personnes ayant choisi de se mettre en scène dans une vidéo plutôt que de publier plus sobrement un texte, se plaignent ensuite des remarques reçues sur leur apparence. Là n’est cependant pas mon propos.

Ce qui me fait réagir, c’est l’idée selon laquelle évoquer le sourire, le visage, l’attitude, et même le corps, serait forcément déplacé, au moins dans un cadre prétendument professionnel, parce que forcément moins important, moins pertinent dans ce cadre que les mots et les idées. Ce qui m’attriste, c’est l’idée un peu prétentieuse que la vérité des êtres, leur apport essentiel au monde et aux autres, serait dans les mots qu’ils articulent plus que dans leur regard, plus que dans leur sourire.

J’étais l’autre jour aux obsèques de Cécile, Cécile A. Cécile dont le sourire, radieux, illuminait le visage, rayonnant alentours, et rendait heureux ceux qui la côtoyaient. Qui a côtoyé un tel sourire sait que les mots qu’on prononce, les idées qu’on défend, les pensées qu’on porte sont en fait beaucoup moins importants que cette lumière, cette énergie, cette bonté qui émane du sourire. Et qui sait cela sait aussi que c’est souvent le sourire, le vrai sourire, qui donne sens et force aux mots qui sortent de notre bouche.

Je me souviens avoir fait un jour compliment de son sourire à Katia qui essayait de me convaincre de je-ne-sais plus quoi. Elle s’était vexée de ma remarque, pensant que je ne l’avais pas écoutée. Elle n’avait pas compris que son sourire rendait les arguments inutiles et qu’il était, à cet instant, bien plus porteur de vérité que ne l’étaient ses pauvres mots.

Il en va souvent ainsi. C’est pourquoi d’ailleurs il nous paraît si nécessaire d’apparaître et de nous exprimer dans notre corporalité. Parce que notre corps n’est pas un autre et que nous sommes des êtres incarnés.

NB : l’illustration, qui représente un très joli sourire, est un tableau de l’auteur duquel je ne me souviens plus. Je l’ai photographié, il y a quelques années, au Palais de Tokyo, à Paris.

NB2 : On m’indique que le tableau qui illustre ce papier est Figure de Charlotte M. n°2, et qu’il est de Bernard Dufour. Il est exposé au Musée d’art moderne de la ville de Paris *et non au Palais de Tokyo).

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