On peut ne pas chercher et ce faisant ne pas vouloir ; et on peut ne pas chercher et cependant bien vouloir.
Catégorie : Choses de la vie
C’est précisément dans la prise de conscience de cette indifférence mutuelle que réside la source profonde du plaisir, du plaisir un peu surpris que j’éprouve : plaisir pas du tout de l’individu mais plaisir de l’animal humain, de l’animal grégaire, de l’animal heureux de voir prospérer les siens, de les voir nombreux, divers, vaquant à leurs occupations variées et faisant cependant, incontestablement, société.
La vie, pourtant, n’est pas un verre de vin ; on ne la déguste pas, appréciant sa rondeur, son goût boisé ou le parfum de la banane ; on la vit ; on la vit au rythme de la vie, avec ses joies, ses ennuis, ses bonheurs, ses envies de dormir et ses instants de grâce.
Même s’il est quasiment miraculeux que le 5 sorte mille fois de suite, la probabilité locale et immédiate des événements demeure inchangée, et le 5 n’a pas moins de chance de sortir que n’importe lequel des autres nombres portés par les six faces du dé.
Un ami et moi avons trouvé ensemble un trésor. Pour des raisons pratiques, c’est moi qui ai dû l’emporter. Puis vient le moment du partage : que vais-je proposer à mon partenaire ?
Nous sommes cet être pétri d’insatiété qui croit parfois rechercher la satiété mais qui sait bien, au fond de lui, que cet objectif est un leurre, que l’atteindre ne servira à rien, qu’il n’en sera pas comblé parce qu’il ne veut pas être comblé, que ce qu’il cherche est le seul mouvement, le seul plaisir du désir, cette seule façon de se sentir vivant.
Nous sommes ces êtres qui à chaque instant rêvent, imaginent, se souviennent ; à chaque instant s’étendent au-delà d’eux-mêmes ; à chaque instant projettent leurs pensées, leurs espoirs, leur regrets dans l’espace et le temps comme la méduse ses tentacules dans le flux du courant.
Dans ces affaires ou l’importance des choses se reconnaît au retournement, à l’hésitation continuelle de la conscience, le signe le plus clair de la pesanteur est ce besoin de vouloir trancher de facon définitive, cette incapacité à accepter la légèreté de l’être.
