Des schémas, des logigrammes, des camemberts à n’en plus finir, des plannings pleins de jolies couleurs et de flèches de diverses formes allant dans tous les sens, avec des réunions de suivi, de coordination, de pilotage organisées trois fois par semaine histoire de maintenir la flamme (et la pression sur les malheureux chargés de mettre ça en musique), et un mécanisme de reporting à plusieurs strates qui ressemble à une armée mexicaine, ou peut-être à un canard sans tête.
Catégorie : Management
« Avant d’être Lean, Six Sigma ou “performance”, un Responsable ExOp est avant tout un animateur de la transformation, quelqu’un qui apporte du soutien opérationnel aux équipes. »
Grâce au logigramme, à ses jolies flèches, à ses cases mélangeant les choux et les carottes et à ses choix biaisés, le manager de 2025 peut avoir le sentiment de n’être pas vraiment responsable de ses actes puisqu’il ne fait qu’appliquer des processus scientifiquement élaborés, des processus qui conduisent à une punition rationnelle et logiquement fondée sur laquelle il n’a pas vraiment la main.
Ce qui doit guider l’action du manager, dans le châtiment comme dans le reste de son activité, c’est le souci de l’efficacité, de la proportionnalité, du devoir : ce n’est ni lui, ni son bras, ni sa main qui punit, c’est l’entreprise et la nécessité ; ce ne sont pas ses intérêts propres qu’il défend mais la pérennité, la réputation, les revenus et le cash-flow.
Voilà une question qui, pendant la longue parenthèse, la longue déliquescence ouverte par le Covid et le développement du télétravail, avait été un peu mise de côté. Mais cette triste page ayant maintenant été tournée, et le retour à des pratiques plus rigoureuses et, osons le mot, plus viriles, ayant été franchement amorcé, elle revient enfin (il en était temps !) au cœur des préoccupations managériale.
Le mot est apparu il y a un an, peut-être deux, et depuis il prolifère (comme l’écosystème, son frère en jargonnerie bullshiteuse). Mais derrière le mot, qui prête à rire, se dissimule une réalité, une réalité peut-être moins rieuse, une façon insidieuse de présenter comme lanternes des vessies, des vessies qui ne sont pas forcément détestables en elles-mêmes mais qu’il serait plus respectueux de désigner sous leur vrai nom. On aura, derrière cette description, reconnu les « irritants ».
Ce qui est bizarre, c’est que les personnes en position d’autorité paraissent ne pas se rendre compte que rien ne sonne plus faux que ces tableaux vivants où le chef se met en scène avec ses lieutenants, où ceux-ci parlent sous la surveillance de celui-là, et où l’on a l’impression qu’à la moindre incartade, au moindre propos qui ne serait pas de dévotion, ledit chef se muera soudain en reine de coeur criant : « Qu’on lui coupe la tête ! » ou en Clovis rejouant l’histoire du vase de Soissons.
