Ne pas prévoir

Written by Aldor

On est souvent tenté, pour mieux se préparer aux choses, d’essayer de les imaginer, en espérant qu’ainsi, l’avenir, plus familier, sera moins déstabilisant. Nous passons ainsi une bonne partie de notre temps à nous projeter dans le futur, à essayer de prévoir ce dont demain sera fait, comme ces ordinateurs de Wargames qui moulinent, jour et nuit, des milliers de scénarios de guerre pour élaborer la meilleure stratégie possible.

Et puis une jour, cet avenir que nous avions tenté d’imaginer arrive enfin, dans son irréductible réalité, et, patatras ! tous les plans que nous avions faits sur la comète, tous les beaux châteaux que nous avions construits en Espagne, tous les cauchemars qui nous avaient tenu éveillé les nuits précédentes se dissolvent dans un présent tout neuf et qui n’a rien à voir car les choses, tout simplement, ne sont pas telles que nous les avions prévues.

Et voilà que toutes nos imaginations, tous nos scénarios, toutes les tactiques que nous avions élaborées dans la tour d’ivoire de notre esprit, s’effondrent et se dégonflent, perdent leur pertinence et deviennent inutilisables. Pire encore : elles que nous avions pensées et suscitées dans l’espoir qu’elles nous seraient une aide se retournent en boulet, en poids lourd, en œillères qui nous empêchent de voir les choses, de les sentir, de les saisir, telles qu’elle sont. Et voici que, voulant nous raccrocher au scénario 18, 13 ou 256, nous agissons de travers, enchaînons maladresse sur maladresse, trébuchons et trébuchons encore car ce scénario, qui possédait sa logique propre, n’est pas adapté au présent que nous vivons : et nous voici devenus comme ces robots des Temps modernes qui, en dépit du déraillement du processus en amont de la chaîne, continuent leur tâche  comme si de rien n’était, multipliant les catastrophes.

Il faut lutter contre cette propension que nous avons a essayer de prévoir, de préjuger, d’imaginer l’avenir. Comme le montrent les vieux romans de science-fiction, il est rare que l’avenir ressemble à nos prévisions, et c’est pourquoi celles-ci, bien souvent, nous gênent plus qu’elles ne nous aident.

Comments: 2

  1. Pour avoir tout récemment relu « Fahrenheit 451 », je ne suis pas tout à fait d’accord avec la dernière phrase… Par certains côtés, les auteurs de science-fiction peuvent être visionnaires. Ou bien alors ils sont plus attentifs aux changements autour d’eux et anticipent avant nous leur suite logique.

    • Aldor says:

      Vous avez tout à fait raison, Joëlle. Et d’ailleurs, cette chute était un peu facile, un peu bébête.

      Ce que je dis vaut, à mon sens, pour les attitude personnelles, pas pour les comportements collectifs ou la psychohistoire à la Hari Seldon – pour reparler de science-fiction que j’aime personnellement beaucoup.

      Bonne soirée, Joëlle. Et merci de votre visite.

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