Le fond est (souvent) la forme

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De même qu’on est parfois plus motivé par la lutte et le combat que par son objectif, on accorde parfois plus d’importance à la forme qu’au fond – et c’est souvent avec raison.

Dans l’idéal, la forme et le fond convergent : on sent une cohérence entre ce que dit l’homme politique et la façon dont il le dit, entre l’objectif de ce mouvement et le comportement de ses militants, entre l’engagement proclamé de cette personne et son attitude dans la vie quotidienne.

Mais si convergence il n’y a pas ? Si quelque chose cloche ? Si un hiatus apparaît entre les grandes idées et l’existence de tous les instants, si un coin peut être enfoncé entre les beaux discours et la façon dont se comporte celui qui me les tient, à qui vais-je me fier ? Au fond, ou à la forme ? A ce qui est dit ou à la facon de le dire ?

Quant à moi, je n’hésiterai pas un seul instant : s’il existe un décalage, une divergence entre la forme et le fond, entre ce que me dit cette personne et la façon dont elle le dit, entre l’idéal proclamé et les moyens mis au service de l’atteinte de cet idéal, entre l’objectif et le cheminement, c’est au cheminement, aux moyens mis en oeuvre et à la façon de dire que j’accorderai mon attention puis ma foi bien plus qu’à ce qu’il y a derrière, bien plus qu’aux idées, aux idéologies, aux idéaux.

Il ne s’agit pas ici d’accorder plus de poids au “ce que je fais” qu’au “ce que je dis“. Ou du moins pas seulement. Le comportement dont je parle est en amont de l’action ; il se peut que rien encore n’ait été fait ; on pourra néanmoins distinguer dans la façon de parler, dans les gestes, le ton et le sourire, mille choses, mille indices, des je-ne-sais-quoi, des presque rien, qui en diront plus long que toutes les idées agitées. Cette personne peut bien me parler d’amour et vanter la bienveillance mais chacun de ses mots est démenti par son ton cassant et la colère qui déborde de sa bouche comme le lait bouillant d’une casserole.

Car, par un de ces retournements qui sont si fréquents dans les choses importantes, c’est dans la forme et la manière que se cache, le plus souvent, la vérité profonde des choses, leur vrai fond. Et cela explique le paradoxe qu’on puisse, légitimement, voter, lors d’une élection, pour un candidat dont on ne partage pas les idées mais en qui on a confiance plutôt que pour un autre dont on est politiquement plus proche mais humainement éloigné : “je ne le sens pas“, dit-on alors assez justement.

Et pour revenir également à la question du dualisme, cela explique aussi qu’au rebours total de ceux qui considèrent l’esprit comme intrinsèquement plus noble, plus grand, plus digne que le corps, c’est le corps, bien souvent, qui est le garant de la vérité, qui la révèle et la met à nu quand l’esprit expérimente mille ruses pour la cacher ou la trahir. Le bégaiement, l’hésitation du corps et de la langue, le soupir, le lapsus calami, l’humour, la timidité disent souvent bien mieux que les mots qui parle et ce qui est dit.

C’est pourquoi il ne peut y avoir de vraie compréhension, de confiance accordée et d’amour entre deux êtres que dans la mise en présence, le contact direct, la danse, l’union éventuellement, des corps et des âmes. Dans l’unité de la forme et du fond. Là est peut-être ce qu’on appelle parfois l’authenticité.

Et quand cette unité n’est pas là, ce qui est fréquent car elle est à construire, et parfois l’œuvre d’une vie (et parfois la vie n’y suffit pas), le corps et la forme sont probablement plus véridiques.


PS : par forme, je n’entends évidemment pas le caractère lisse et bien léché des choses. Même s’il y a une part de vérité dans le dicton qui dit que ce qui se conçoit bien s’énonce bien, on peut avoir une forme parfaite et fausse. La forme dont je parle ici s’apparente à la beauté dont je parlais l’autre jour. C’est une sorte de “forme intérieure” (on n’est plus à un paradoxe près !).

2 réflexions au sujet de « Le fond est (souvent) la forme »

  1. emotionsdefemme – Narbonne - France – J'ai eu un parcours professionnel atypique. Architecte urbaniste, restauratrice puis cadre commerciale, j'ai été frappée par une maladie neurologique fin 2013 qui m'empèche de dormir. J'ai profité de ces nuits blanches pour recommencer à dessiner et à écrire des poèmes qui traduisent mes « Emotions de femme. »
    emotionsdefemme dit :

    Je suis d’accord avec toi sut toute la ligne, sur le fond et la forme

    1. Aldor – Paris, France – Un Parisien qui blogue, Un deuxième improvise, Un troisième se promène, Un quatrième montre des images, Un cinquième écrit. Ce sont pourtant les mêmes : https://improvisations.fr, https://aldoror.fr, https://promenades.improvisations.fr, https://images.improvisations.fr, https://lignes.improvisations.fr, https://notes.improvisations.fr
      Aldor dit :

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