Oser demander

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C’est une discussion que j’ai depuis toujours avec Katia : demander, semble-t-elle penser (mais peut-être me trompé-je) serait le fait de l’enfant ; et celui de l’adulte serait de donner. Grandir consisterait donc à passer de la posture égoïste consistant à réclamer et demander, comme un petit enfant, à celle, altruiste, consistant à donner.

Eh bien ! après avoir beaucoup tergiversé, je crois finalement ne pas être d’accord.

Que l’adulte doive donner (comme l’enfant, d’ailleurs, qui le fait déjà très bien), c’est certain ; mais il doit aussi, et peut-être surtout, réapprendre à demander, car avec l’âge – et le repli qui souvent l’accompagne – , on le désapprend ; or c’est dans la demande aussi – dans la demande surtout – que naît la relation.

Demander, c’est avouer son manque et exprimer sa faiblesse. C’est dire que nous ne sommes pas tout, que nous ne pouvons pas tout, que nous avons besoin de l’autre ; et c’est permettre à l’autre d’exprimer sa générosité, son altruisme sans abus et sans s’imposer. C’est lui permettre d’exprimer son amour de façon consentie.

Demander, c’est ouvrir le chemin qui permettra à l’autre de sortir de sa tour d’ivoire ; c’est lui tendre une perche et lui permettre d’inverser le mouvement entropique du grand renfermement.


““Accours ! j’ai besoin de toi !”. Il n’y a rien de plus émouvant qu’une telle demande et à qui nous la fait, reconnaissant qui nous sommes, nous donnerons tout.” – écrivais-je l’autre jour, inspiré par Antoine de Saint-Exupéry. J’irai plus loin aujourd’hui : l’amour est dans la relation nouée, dans le nouement et le renouement, à chaque instant renouvelé, de la relation. Il est dans l’échange. Non pas l’échange comptable et marchand : je te donne parce que tu me donnes ; mais dans l’échange d’intentions et d’attentions : je te montre ma faiblesse pour que tu me montres ta force et je te rends grâce de me montrer ta faiblesse car elle me permet de montrer ma force. L’amour n’est pas dans le don ; il n’est pas dans la demande ; il est dans la danse que nouent le don et la demande.

8 réflexions au sujet de « Oser demander »

  1. charef – Algérie – D’un port qui se fond dans le paysage, BERKANI Charef accentue volontairement son apparence anodine pour mieux être fidèle à ses convictions. Il sera éternellement au service des autres, créatif d’idées et leader de groupe sans en avoir l’apparence et encore moins la faconde. Ses paroles empreintes d’un léger cheveu sur la langue imposaient un sérieux de bon aloi. De plus, des yeux scrutateurs et une bouche naturellement en sourire, ramènent à plus d’attention pour cet homme qui a marqué ses amis et ceux qui ne le sont pas. Tous lui reconnaissent, parfois à demi-mot, une intelligence acérée et un sens rare du consensuel.
    charef dit :

    Oui j’adhère à votre raisonnement qui est proche de la réalité. Bonne journée Aldor.

  2. C’est en effet un peu trop simpliste de cantonner la demande à l’enfance et le don à l’âge adulte…
    Nous sommes des êtres tour à tour en offrande et en demande.
    L’enfant doit apprendre très tôt cette dualité, sinon, on en fait un tyran toujours en train de demander, de réclamer comme un dû..
    C’est tout l’enjeu de l’éducation.
    Donnez et vous recevrez, ai-je envie de dire pour paraphraser une célèbre phrase divine…
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

    1. Aldor – Paris, France – Un Parisien qui blogue, Un deuxième improvise, Un troisième se promène, Un quatrième montre des images, Un cinquième écrit. Ce sont pourtant les mêmes : https://improvisations.fr, https://aldoror.fr, https://promenades.improvisations.fr, https://images.improvisations.fr, https://lignes.improvisations.fr, https://notes.improvisations.fr
      Aldor dit :

      Donnez et vous recevrez, oui, Célestine, mais n’hésitez pas à demander !

  3. emotionsdefemme – Narbonne - France – J'ai eu un parcours professionnel atypique. Architecte urbaniste, restauratrice puis cadre commerciale, j'ai été frappée par une maladie neurologique fin 2013 qui m'empèche de dormir. J'ai profité de ces nuits blanches pour recommencer à dessiner et à écrire des poèmes qui traduisent mes « Emotions de femme. »
    emotionsdefemme dit :

    Je comprends l’avis de Katia qui pense peut être que demander est synonyme d’infliger une pression â l’autre ( venue de son enfance ? ). Longtemps, Je n’ai pas su demander. Parce que effectivement, c’est faire aveu de faiblesse. Mais l’on peut accepter sa faiblesse, et il y a du plaisir à donner, comme tu le dis si bien.

    1. Aldor – Paris, France – Un Parisien qui blogue, Un deuxième improvise, Un troisième se promène, Un quatrième montre des images, Un cinquième écrit. Ce sont pourtant les mêmes : https://improvisations.fr, https://aldoror.fr, https://promenades.improvisations.fr, https://images.improvisations.fr, https://lignes.improvisations.fr, https://notes.improvisations.fr
      Aldor dit :

      Merci, Catherine, de ton commentaire balancé. Il est probable que j’ai moi-même trop tendance à demander, ce que Katia me reproche. Et tu l’as bien senti.

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