La puissance est ce débordement, cette tentation de l’abus qui vient comme un vertige à ceux qui ont, ne serait-ce qu’un instant, acquis du pouvoir. Et l’humilité est ce sourire triste et désabusé qui vient aux lèvres de ceux qui assistent à ce débordement.
Catégorie : Le monde tel qu’il est
Est-ce le monde qui est beau et ordonné comme une horloge, ou est-ce nous qui l’embellissons et l’ordonnons du regard que nous jetons sur lui ? Et l’intimité que parfois nous ressentons à son égard découle-t-elle d’une proximité réelle ou n’est-elle que l’expression de notre souhait infantile de n’être pas abandonné dans la solitude de l’univers ?
La fée électricité est la fée rouge, orange ou jaune, chaude, accueillante, réconfortante, qui écarte les ténèbres, disperse les ombres et permet aux hommes et aux femmes de garder courage dans la nuit.
La fée électricité, c’est la flamme de la Petite fille aux allumettes.
La capacité de l’homme à créer de la beauté, à mettre au monde des œuvres qui l’embellissent est un don divin.
Quelle pitié que nous en mésusions ainsi pour salir, enlaidir, tuer. Quelle tristesse que nous ravagions ce que nous avions pouvoir d’embellir.
Dans le monde épais et visqueux où nous vivons, exiger la pureté totale de ceux qui mènent un combat est probablement le meilleur moyen de ne jamais combattre ; exiger des causes qu’elles soient pures est sans doute la voie de n’en soutenir jamais aucune.
Je demeure étonné devant notre capacité à cloisonner notre esprit et à vivre et à agir dans ce monde si hétéroclite, si rempli de contradictions. Étonné et ravi. Car il ne sert à rien de pleurer au prétexte des malheurs du monde. Il faut rire. Rire et aimer et faire ce que nous pouvons sans céder au découragement et à l’immensité de la tâche.
« La force, c’est ce qui fait de quiconque lui est soumis une chose. Quand elle s’exerce jusqu’au bout, elle fait de l’homme une chose au sens le plus littéral car elle en fait un cadavre. Il y avait quelqu’un, et, un instant plus tard, il n’y a personne. »
Sans amour pour le renouveler sans cesse, le régénérer sans cesse, lutter à chaque instant contre le laisser-aller, la paresse, la vieillesse, et la facilité ; sans amour pour remettre de la verticalité dans ce qui aurait sinon tendance à décroître et à s’effacer ; sans amour pour relier, tout en respectant l’altérité, ces îles que chacun d’entre nous formons, pour faire le premier pas en brisant le silence, pour éclairer le monde de notre sourire et de notre attention ; sans ces gestes sans cesse répétés d’amour et cette main toujours à nouveau tendue, le monde mourrait.
Que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres.
