J’y ai longtemps cru mais avec le temps (et l’expérience, hélas), je m’éloigne de plus en plus de Créon et de son histoire, à laquelle j’ai longtemps adhéré, de barque qu’il faut bien diriger dans la tempête, pour me rapprocher d’Antigone et de son refus absolu du pouvoir, pouvoir qui forcément salit et que, malgré toutes les dénégations, on ne peut vouloir exercer qu’à condition de ne pas craindre cette salissure, et donc d’en être, peut-être, ontologiquement déjà souillé.
Improvisations Posts
La photographie est le moyen de ce sauvetage, de cette tentative gentillette de tricherie avec la radicalité brutale de l’éphémère et du fugace.
C’est Apollon qui lui a donné le don de divination, et lui qui, lui crachant dans la bouche parce qu’elle s’était refusée à lui, l’a condamnée à ne jamais être crue dans ses divinations. Mais le premier don portait en lui le ver ; il était déjà une malédiction : prophétiser, quelle abomination !
Les grands modèles de langage ne savent que donner des réponses aux questions qui leur sont explicitement ou implicitement posées. Elles ne savent pas, comme savent si bien le faire une salle de bibliothèque ou une librairie, susciter le papillonage de l’esprit, la curiosité et la découverte, le plaisir de l’errance et de la promenade parmi les idées et les imaginaires d’autrui.
Je trouve ce début d’été 2026 inquiétant : moins du fait de la chaleur, de la sécheresse ou des incendies en soi, que du hiatus, qui apparaît pour la première fois avec une telle violence, entre la petitesse de la température en plus et l’ampleur des dysfonctionnements, voire des catastrophes, qui en découlent, donnant le sentiment que quelque chose bascule, qu’on est peut-être entré dans une période chaotique, dans cette ère des phénomènes non linéaires que le rapport Meadows, il y a cinquante ans, avait annoncés.
Avez-vous remarqué à quel point se sont récemment multipliées, dans une ville comme Paris, les boutiques de manucure et autres ongleries ?
Ainsi avons-nous tendance à donner plus d’importance au rendu des détails qu’à celui des couleurs, et à privilégier le contraste sur la nuance, le graphique sur l’estompé.
C’est amusant, cette façon de montrer les choses, de vouloir montrer à grand renfort de gestes et de mimiques ce qu’on ressent ou ce qu’on est ; à moins, justement, qu’on ne le veuille montrer parce qu’on ne l’est pas vraiment, pas autant du moins qu’on ne le voudrait.
La littérature, le théâtre, le cinéma, c’est cela : une façon de connaître, de comprendre, de ressentir, de vivre ; de vivre par procuration un peu de l’immensité des choses humaines.
