La grande nouveauté des grands modèles de langage (LLM), ce n’est pas seulement leur troublante capacité à reproduire le raisonnement et la créativité humaines, mais leur propension à se tromper, à bugger, glitcher, halluciner, comme si l’intelligence, qu’ils simulent de façon si convaincante, allait de pair avec la possibilité, la capacité de commettre des erreurs,
Étiquette : conscience
Nous sommes ces êtres qui à chaque instant rêvent, imaginent, se souviennent ; à chaque instant s’étendent au-delà d’eux-mêmes ; à chaque instant projettent leurs pensées, leurs espoirs, leur regrets dans l’espace et le temps comme la méduse ses tentacules dans le flux du courant.
Elle devait sentir cela, Simone de Beauvoir, quand elle croisait Simone Weil : qu’elle était certes un peu ridicule, un peu pénible, cette jeune femme, avec cette façon de prendre tout à coeur et de verser des larmes qui ne servaient à rien ; mais aussi que sans des êtres comme cela, sans des coeurs capables de battre à travers l’univers entier, le monde était perdu.
Il arrive que, quittant soudain l’insouciance qui nous permet de vivre, on prenne conscience de la fragilité des choses. Et un abîme s’ouvre alors sous nos pas.
Les coeurs purs sont ces personnes qui pensent, parlent, agissent sans se soucier d’elles-mêmes ni de quoi que ce soit d’extérieur au sujet : ni réalisme, ni bienséance, ni souci du qu’en-dira-t-on, ni peur, ni agenda caché. Elle sentent en elles un devoir impérieux qui balaie tous les doutes et toutes les appréhensions, et elles s’y conforment parce que c’est, à cet instant la seule chose à faire, peut-être la seule qu’elles puissent faire.
Elle n’a pas beaucoup de temps, la vache, pour faire autre chose que manger, pour penser à autre chose qu’à trouver et mordre l’herbe dont elle a besoin pour vivre. Pas beaucoup de loisirs pour rédiger une symphonie ou inventer la machine à vapeur.
En suivant l’ordre qu’il a reçu au lieu d’écouter son coeur comme il aurait dû, Abraham acquiert une mauvaise conscience qu’il traînera toute sa vie et que traîneront avec lui tous ceux qui lisent ce passage. Fini le repos tranquille du prophète ; voici venu le temps du remords, du doute et de l’éveil.
Aussi forte que soit la pression des groupes auxquels nous appartenons, des institutions que nous représentons, des idéologies que nous servons, nous avons une conscience. Et dans ces affaires là, c’est cette conscience aussi qui est prise en défaut.
Cette honte est aussi notre honte.
Mais sans mots pour décrire la profondeur des gouffres,
La fraîcheur de l’eau ou l’éclat des étoiles,
Sans mots pour raconter la douceur de la brise,
Le parfum du jasmin et la splendeur des choses,
Sans mots pour conjuguer le verbe aimer,
Quelque chose, à jamais, manquera : un gâchis.
